Mardi 29 mai 2007
  J’aime à soulever le paradoxe existant entre les structures des réseaux de communications, faites d’acier, de béton et de câbles, qui évoquent un univers froid, mécanique, électrique et inhumain, et l’humain communiquant par le biais de ces structures.
L’aspect industriel et froid me paraît révélateur de la société de télécommunication telle qu’elle se développe. Désormais, nous communiquons quasiment plus par technologies interposées que de visu. Communiquer n’implique plus la co-présence physique. En effet, la télé-communication n’offre pas le même échange et la même chaleur humaine que la communication de proximité.
On parle de « village planétaire », de « marché mondial », cependant, si tout semble plus facilement accessible, nous sommes encore bien loin de la reconnaissance mitoyenne qu’offrait un village, ses commerces et son marché. La vie sociale des quartiers et des bourgs a tendance à disparaître avec les commerces, au profit des grandes surfaces. De plus en plus de cités dortoirs se développent autour des agglomérations. Les maisons sont clôturées par des grillages, des murs ou des portails de plus en plus hauts, de plus en plus opaques. A l’heure de la mondialisation, la société monde ou le « village global » semble une utopie théorique. La richesse et le pouvoir se partagent très mal. Seule une minorité privilégiée, ayant accès aux technologies de communication, a la possibilité d’une vision globale, d’une conscience mondiale. Faire de ce monde pluriel un monde au singulier serait alors une tentative réductrice qui gommerait les spécificités, les différences, les inégalités. Certains profitent de la globalisation, d’autres la subissent.
Depuis plusieurs années, l’insécurité fait la Une des médias. Le mot est dans toutes les bouches. Les systèmes de sécurité, de surveillance et de protection se vendent comme des petits pains, presque aussi bien que les systèmes et les appareils de télécommunication.
Mais, ne noircissons pas trop le tableau, nous avons tout de même des milliards de voisins virtuels, avec qui la communication devient aussi facile, sinon plus, qu’avec nos voisins de paliers ou les gens croisés dans la rue. Internet, forme hybride détenant en puissance l’ensemble des moyens de télécommunication, permet de relier les hommes par-delà les frontières et les différences. Nombre de salons, forums, groupes de discussions fleurissent et se forment autour de centres d’intérêt communs. Le web nous permet de quitter notre domicile. Nous sommes virtuellement hébergés à une adresse sans lieu (« T’étais où ? », « J’étais sur Internet ! »). Un simple poste informatique connecté au réseau devient lui-même centre, carrefour menant vers « toutes directions ». Une vertigineuse somme d’informations venant du monde entier est accessible en quelques clics.
par benoit cary publié dans : textes réseaux
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